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Une particularité à l’Ile Maurice, c’est qu’il n’existe aucune plage privée, le seul propriétaire du littoral est l’Etat, mais ce dernier octroie des baux pour une durée de 99 ans renouvelable pour les particuliers, je ne sais pas ce qu’il en est pour les hôtels, mais j’ose imaginez que l’on est dans des durées équivalentes.

C’est donc une location sur du long terme, d’un terrain à « pas géométrique » et cela concerne l’ensemble des terrains qui sont en bord de mer, même si ce n’est pas pied dans l’eau, puisque la distance entre la mer à marée haute et la fin des pas géométriques représente une distance d’un peu plus de 81 mètres. Il existe tout de même quelques rares terrains en toute propriété qui ont les pieds dans l'eau, mais dans ce cas de figure la plage n'appartient pas aux propriétaires.

Ainsi pour faire très simple et très clair, si à marée haute, il y a une bande de 20 m de plage entre la mer et un hôtel ou une villa qui bénéficient d’un bail, ils en sont locataire et peuvent en faire l’usage qu’ils souhaitent. A l’inverse quand la marée est basse, si au-delà de cette fameuse bande de 20 m vous souhaitez vous installer vous êtes dans votre droit.

Mais la plage appartient à tout le monde à l’Ile Maurice !

C’est bien là le problème, l’ensemble des Mauriciens ont ce sentiment que la plage leur appartient (à tort ou à raison, telle n’est pas la question), hors le Gouvernement en décide autrement et le monétise très bien, car ce type de bail est particulièrement onéreux.

En toute logique les heureux locataires de ces baux, n’ont pas envie de laisser le grand public jouir de son bien. Personnellement ça m’ennuierait beaucoup que des gens viennent piqueniquer dans mon jardin…. Même si dans le cas présent, le jardin est du sable et que l’on nomme une plage.

La conséquence immédiate de cette situation, ce sont des « propriétaires » et des « squatteurs » d’un jour qui se disputent, se menacent, en viennent parfois aux mains.

Cela a encore été le cas le week-end dernier, pour une femme et son fils qui ont été malmenés par un « propriétaire » d’une maison pieds dans l’eau et ses vigiles. Je ne vais pas m’étaler sur le comportement très brusque et musclé qui me semble toujours la mauvaise réponse à un conflit, ni même sur le fait de savoir si cette femme était dans son bon droit. Car au fond je doute qu’elle-même le sache.

Nous voici donc devant le fond du problème, comment délimiter l’espace « privé » de l’espace public ? Est-ce que cette tâche ne revient pas au Gouvernement ? Pour encaisser l’argent du contribuable il y a toujours du monde, mais pour mettre en place des mesures de transparence visant à stopper tout conflit, je ne vois plus personne.

Des plages publiques bondées

Ce type de conflit ne va pas s’arrêter de sitôt, car les plages publiques sont bondées et loin de moi l’idée de jeter la pierre aux Mauriciens et leur reprocher de profiter de la mer, car sincèrement c’est magique de voir cet amour pour ce patrimoine naturel (Même si l’usage des poubelles serait quand même un plus….). Mais voilà, s’il n’y a plus de place sur la plage publique, on migre, on se déplace et peu à peu on en vient à « empiéter » sur la plage « privée » d’un autre.

Il n’y a donc pas tellement de solutions, soit le Gouvernement doit aménager d’autres plages publiques, de préférence où la baignade est agréable, soit arrêter d’octroyer tous les terrains pieds dans l’eau à des particuliers ou des entreprises.

Difficile de parler de plage sans mentionner le collectif Aret Kokin Nu Laplaz qui a pour objectif de dénoncer ces injustices et qui monte régulièrement au créneau lorsque de nouveaux projets immobiliers ou hôteliers sont acceptés par le Gouvernement réduisant un peu plus l'espace destiné au public et « privatisant » le littoral.